L’énergie du soleil sous toutes ses formes

Atelier du "Young Physicists Forum" sur la technologie de l’énergie, Winterthur 17-18 mai 2014

Antoine Pochelon

 

Ce sont une bonne trentaine d’étudiants (22) et d’étudiantes (10) des universités suisses, provenant pour moitié de Suisse romande et de Suisse allemande qui se sont réunis les 17 et 18 mai 2014 dans le cadre du Technorama de Winterthur pour un atelier sur les technologies de l’énergie. Organisée dans le cadre du Forum des Jeunes Physiciens (YPF, Young Physicists Forum) en collaborations avec la Société Suisse de Physique (SSP), la rencontre a permis d’approfondir ce thème dans une ambiance conviviale.

L’YPF a été créé en 2009 à l’instigation de la SSP, grâce au soutien financier de l'Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT) et de sa plateforme MAP. Le but du Forum est d’encourager la communication entre les différentes sociétés d’étudiants en physique, ainsi qu’avec les physiciens professionnels membres de la SSP afin de créer une plateforme de discussion sur des sujets d’intérêt commun. Ce week-end de séminaires, comme lors de cette rencontre à Winterthur ou les visites de laboratoires sont les moments forts dans l’année.

C’est donc le samedi en début de soirée que les jeunes sont arrivés à l’auberge de jeunesse, dont le nom - "Depot 195" - situe bien l’ambiance particulière des lieux. Nous sommes à Winterthur, dans le quartier proche de la gare. Tout dans ce quartier atteste d’un passé d’industrie lourde qui a été reconverti, transformé, sans renier ce passé qui est ici intentionnellement donné à voir. Comme pour mémoire. C’est un symbole des transformations profondes qui ont touché le tissu économique et technique de la Suisse au cours des dernières décennies. L’hôtel a été taillé avec goût dans un ancien dépôt industriel en en conservant le style. Dépaysement garanti! Les étudiants, arrivés ce samedi soir ont déjà bien investi le lieu et le parc voisin, "Beer and socialising" est au programme.

Dimanche matin dans une ambiance d’auberge de jeunesse, le petit déjeuner réunit tous les étudiants autour de la grande table devant l’hôtel. Damian Göldi et Silvan Etter, les organisateurs du YPF ont tout prévu pour une table accueillante, de plus déjà bien réchauffée par les rayons déjà vifs du soleil.

Et ce sera bien du soleil et de son énergie – sous deux de ses formes - qu’il sera question aujourd’hui.

Le workshop a lieu dans une salle du Technorama. La Société Suisse de Physique ainsi que de nombreux domaines de la physique couverts par la Société sont tout d’abord présentés par A. Pochelon. Les qualités d’un physicien? Esprit de découverte, curiosité, analyse, travail intense… joie de trouver, de savoir, de participer à la résolution de problèmes techniques, voire de problèmes de société, elles sont nombreuses les qualités et les aptitudes développées dans une formation de physicien. Avec l’émergence de nouvelles disciplines basées sur la physique, le nombre de sections au sein de la SSP, couvrant chacune des domaines différents de la physique, est passé de quatre à dix en une quinzaine d’années, reflétant l’évolution parallèle qui a eu lieu au niveau académique. Mais le monde de la science ne devrait pas se limiter aux milieux académiques …

L’expérience politique récente en Suisse souligne l’importance cruciale de cultiver le contact entre le monde de la recherche et celui de la politique et de l’économie, la nécessité de développer une culture des sciences. Comme le résume le président de l’Académie suisse des sciences et de SCNAT, l’astrophysicien Thierry Courvoisier: «La science doit avoir plus de poids dans les décisions politiques».

Tahan Pangaribuan exposant la problématique de l’avion solaire.

Tahan Pangaribuan, pilote aux nombreuses heures de vol et actuellement coordinateur des opérations au sol de « Solar Impulse » a développé dans un exposé remarquable les enjeux de l’avion solaire "Solar Impulse", embarqué vers un tour du monde en 2015. En tant que coordinateur des opérations au sol, il participe donc à la préparation et à la planification des missions. Comme dans toutes les grandes premières, il n’existe aucune référence préalable, et les stratégies doivent être inventées à partir de zéro.

Dans un exposé avec pour thème: "Fusion energy: from the Sun to fusion plasma large experiments", Antoine Pochelon, EPFL, nous a fait parcourir le chemin qui mène des réactions prenant place dans le soleil depuis 4.5 milliards d’années à la réalisation d’une source d’énergie quasi-inépuisable sur Terre. En effet, avec le Deutérium contenu dans un litre d’eau et du Lithium - en réserve suffisante sur la planète – cela représente l’équivalent de 300 litres de pétrole. Il s’agit là d’un scénario durable, sans CO2. Ne nécessitant pas de réaction en chaîne, la réaction peut être appelée intrinsèquement sûre, il n'y a pas de déchets de combustion radioactifs. Seule la machine devient radioactive à l’usage, son retraitement devant toutefois permettre de mettre les mains dessus (« hands-on ») après 50-100 ans (voir SPG Mitteilungen 36 (2012) 12-14). Un grand réacteur de fusion – ITER – est actuellement en construction à Cadarache, France avec pour 7 membres la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, le Japon, la Russie, l’UE dont la Suisse, les USA. Plus de la moitié de l’humanité y participe donc. Le tokamak de l’EPFL à Lausanne fait partie des 3 tokamaks retenus depuis début 2014 par l’UE pour effectuer le programme de recherche de l’EUROFusion.

De l’avis même des étudiants, les présentations étaient très intéressantes, très bien reçues et ont mené à des discussions enthousiastes qui se poursuivaient encore au déjeuner dans le restaurant du Technorama. La visite de l'exposition a été un plaisir pour tous les participants même si le temps disponible était un peu court. A la fin de la journée, certains participants demandaient aux organisateurs quand un prochain événement de ce type aurait lieu.

Le groupe des étudiants participant au workshop devant le Technorama de Winterthur.
Photos: Damian Göldi

L’organisation d’un tel workshop fait partie du challenge ! Cruciale en effet dans cette préparation est la démarche de réunir des conférenciers adéquats pour la bonne couverture du sujet. Ce qui n’est pas forcément une mince affaire et demande temps et consécration. Surtout, ce n’est pas toujours compatible avec la vie d’étudiant, quand les délais sont aussi fixés par la session d’examens ou le travail de diplôme à rendre. Et pour palier à un carnet d’adresses qui par nature est toujours en construction, il faut s’y prendre très largement à l’avance pour avoir le temps de se faire conseiller dans cette recherche de conférenciers. La SSP possède un réseau efficace qui devrait être mis à profit dès le début des recherches.

Mais en fin de comptes, établir des liens entre les étudiants et les chercheurs dans l’industrie ou l’académie se révèle finalement fécond pour toutes les parties, aussi au niveau de l’organisation. Et à plus long terme, la nature d’un tel atelier ainsi que tous les exposés présentés sont une source d’inspiration pour les étudiants dans la recherche de débouchés.

 

 

[Publié: septembre 2014]